Partenariat avec une jeune pousse innovante : NetR

Accueil > Actualités > Partenariat avec une jeune pousse innovante : NetR

Interview avec Marie-Pauline TALABARD, co-fondatrice de NetR


Bonjour Marie-Pauline, tu es ingénieure, médecin, radiologue, entrepreneuse, co-fondatrice et présidente de NetR, co-fondatrice de l’association IMHOTEP, ta devise prend tout son sens en te connaissant… mais comment fais-tu ?

Déjà je ne dors pas beaucoup (rires) mais tous ces projets prennent leur sens dans une seule direction, qui est au cœur de mon projet professionnel depuis toujours : faire de l’innovation en santé, et cela nécessite un fort investissement.

Cette culture de l’innovation vient entre autres de l’école dont je suis diplômée, l’école des Mines de Saint-Etienne, qui a réellement inscrit en moi une forte ambition de challenges et de nouveautés. Elle vient également de mon environnement familial puisque mon père, médecin, était déjà partie prenante dès les années 90 de projets interdisciplinaires entre ingénieurs et médecins et m’a transmis cette envie de croiser les cultures et les compétences pour faire naître des idées nouvelles.

Mais cette conviction, je ne savais pas exactement comment la mettre en forme. Est-ce que cela se concrétiserait à travers une carrière universitaire médicale ou scientifique, ou à travers un format plus industriel ? J’ai fait le choix de la voie entrepreneuriale, pour l’espace de liberté et d’expérimentation que constitue aujourd’hui le format start-up.

Ce projet professionnel s’est concrétisé alors que je terminais ma première année d’internat, lorsque l’incubateur britannique Entrepreneur First, tout juste installé à Station F m’a proposé d’intégrer sa première cohorte parisienne. C’était l’occasion de rencontrer d’autres entrepreneurs en devenir et d’apprendre quelques rudiments d’entrepreneuriat. Pour moi, l’expérience a été concluante puisque que j’ai rencontré Baptiste, qui est maintenant mon associé et directeur technique. Aujourd’hui, nous avons rejoint iPep’s, le programme d’incubation de l’Institut du Cerveau et de la Moelle Épinière, toujours à Station F qui accompagne le développement de NetR.

Comment est née l’idée de NetR ?

Dans mon activité d’interne en radiologie, j’ai été amenée à faire de la recherche clinique. En pratique, on doit constituer une cohorte de patients pour étudier l’efficacité d’un traitement ou déterminer des facteurs de diagnostic. C’est un travail crucial pour améliorer les prises en charge mais extrêmement chronophage et surtout pour lequel on n’a absolument aucun outil. C’est d’autant plus un problème lorsque l’on veut développer des modèles d’intelligence artificielle qui nécessitent des bases de données de plusieurs milliers de patients. En creusant la question, je me suis aperçue que beaucoup de gens avaient besoin que les bases de données des hôpitaux et des cliniques soient structurées et organisées : les médecins, les chercheurs, les hôpitaux eux-mêmes, les industriels, les régulateurs. Tout le monde en fait. J’étais donc convaincue de la nécessité de faire quelque chose pour trouver une solution à ce problème.

Quel est le cœur de métier de NetR ?

NetR est donc une plateforme sécurisée de données de santé. Nous indexons et structurons automatiquement les données des hôpitaux et des cliniques pour créer des bases de données utilisables pour la R&D, notamment par les laboratoires pharmaceutiques et les fabricants de Dispositifs Médicaux.

Le travail d’indexation des données se fait directement en local dans l’établissement de soins, ce qui permet entre autre aux médecins de bénéficier de la technologie que nous développons pour exploiter ses propres archives (en constituant des groupes cliniques, ou en cherchant des cas similaires par exemple). La partie structuration se fait sur mesure pour les besoins spécifiques de nos clients, en fonction de l’objectif : que ce soit pour développer des softwares, entraîner ou valider des modèles d’IA, valider les performances d’un algorithme ou suivre un DM dans sa phase post-market. NetR gère également toutes les formalités administratives et réglementaires pour pouvoir exploiter les données pour le compte du client (autorisation CNIL, information des patients, compliancy RGPD).

A ce jour, nous sommes focalisés sur les données d’imagerie, où nous classons les images en explorant le contenu du compte-rendu. Mais rapidement, nous avons l’ambition de pouvoir explorer d’autres contenus textuels comme les compte-rendu d’anatomopathologie, de chirurgie ou les dossiers patients informatisés.

Concernant notre modèle économique, nous avons mis en place un modèle de marketplace avec les hôpitaux et les cliniques partenaires. Pour une commande d’un fabricant de DM, nous prenons une commission de 30% et reversons 70% à notre partenaire clinique. C’est une façon de redonner le pouvoir aux médecins sur l’innovation et la recherche en santé d’une part, et surtout de faire en sorte que la gouvernance des données reste aux patients et aux médecins.

Quels sont les objectifs de NetR sur cette première année de fonctionnement ?

Les premiers mois étaient pour nous l’occasion de tester notre modèle économique, de développer notre technologie et de la tester sur de vrais cas d’usage avec nos premiers clients et de lever les barrières réglementaires. Désormais les objectifs à venir consistent à consolider notre offre commerciale avec de nouveaux services et en diversifiant les types de données traitées, de structurer l’équipe à la fois commerciale et technique, et de se déployer dans de nouveaux centres hospitaliers et cliniques.

Qu’est ce que tu attends de la collaboration avec CaduCeum ?

Nous travaillons pour des fabricants de DM qui ont un cadre réglementaire très strict et pour réellement leur apporter de la valeur, nous devons nous aussi nous conformer à un haut niveau d’exigences réglementaires. CaduCeum nous apporte donc toute son expertise sur la mise en place et la gestion de notre système de management de la qualité et nous sera d’une grande aide pour décrocher la norme ISO 13485.

D’autre part, CaduCeum est aussi un catalyseur sur la partie business, visibilité et ressources. J’ai déjà eu plusieurs points de contacts avec un business manager de la BU IT et le responsable du centre de service CSA (Clinical and Scientific Affairs), et à chaque fois, ce sont des échanges très précieux pour nous !

NetR c’est aussi Baptiste, Benjamin (qui a effectué un stage pendant l’été), Guillaume et désormais Thibault, qui ont rejoint l’aventure.

Baptiste est co-fondateur et Directeur Technique de NetR.

Baptiste et Marie-Pauline de NetR au sein de l'incubateur Station F
Baptiste et Marie-Pauline au sein de l’incubateur Station F

Baptiste, raconte-nous ton parcours jusqu’à la création de NetR.

Ingénieur en mathématiques appliquées, j’ai travaillé pendant 4 ans dans le conseil et l’audit en banque finance, puis plus d’un an dans une startup avant de rejoindre Entrepreneur First pour monter ma propre startup, NetR. Je suis aujourd’hui Directeur Technique et dirige la startup avec Marie Pauline, avec des responsabilités à la fois technique, humaine et commerciale. Pour la partie technique, je conçois le moteur de recherche qui va indexer l’ensemble des données et les rendre accessible par une simple recherche de mot clé. Pour la partie managériale, je recrute l’équipe technique et met en place des méthodologies agiles et pour la partie commerciale, je suis en lien avec les DSI des hôpitaux et des cliniques, auprès de qui j’assure le déploiement et le maintien de notre technologie. Mon rôle va cependant évoluer et je vais me focaliser sur la partie stratégique technique : conception logiciel, recrutement d’une équipe de développeurs.

Un grand merci à Marie-Pauline et à son équipe.